18 jours  de voyage en Russie ! le transsibérien par Michel et Marie-Jo

Le voyage. Lyon, le 25 Juin 2007


    Quelques gouttes de pluie tentent de calmer nos ardeurs et nous font craindre quelques difficultés pour atteindre l'aéroport.
Nous avons décidé de laisser notre voiture chez Sabine (fille de Marie-Jo) et d'utiliser les transports en commun pour nous entraîner à traîner nos bagages.
Départ de la maison vers 10h15 direction l'arrêt de bus. Moins de dix minutes de marche et il y en a un qui nous attend. Nous n'avons pas même humidifié nos imperméables. Encore dix minutes de marche au changement de ligne, près de vingt minutes d'attente dans une gare assez peu accueillante et nous voilà dans le bus en direction de l'aéroport où nous arrivons un peu après 13h. Nous avons beaucoup d'avance, mais nous préférons cela que tourner en rond dans une maison qui n'est pas la notre.
Nous mettons à profit ce temps libre pour goûter quelques spécialités lyonnaises au restaurant. Vers 15h nous passons les contrôles de billetterie, bagages, sécurité et nous voilà en zone duty-free sans grand intérêt pour nous excepté pour le plaisir de magasiner.
L'embarquement est prévu à partir de 16h15 avec un décollage à 17h. 16h30, 16h45, 17h, toujours pas d'annonce nous concernant, je vais aux nouvelles. Une hôtesse de l'aéroport nous déclare que l'embarquement est imminent. 17h30, quelques personnes commencent à s'énerver et les tons montent.
"Suite à une avarie, le vol AirItalia 395 à destination de Milan est annulé. Messieurs les passagers sont priés de récupérer leurs bagages et de passer au comptoir de la compagnie."
Tollé général et grosses bousculades des gens importants qui réclament à cors et à cris une solution immédiate à leurs problèmes personnels. Nous attendons calmement que la pagaie reflue et nous présentons nos billets au comptoir en précisant que nous sommes attendus à Moscou et qu'il est nécessaire de prévenir nos correspondants.
J'entends au comptoir voisin qu'une autre personne se trouve dans le même cas que nous. La discussion se passe moitié en russe, moitié en français. Une vieille dame venue visiter sa fille établie à Lyon avait prévu de retourner en Russie par ce vol faisant escale à Milan avec correspondance vers Moscou. Je m'approche, m'immisce dans la conversation où nous faisons cause commune.
Les hôtesses d'AirItalia s'activent et soudain l'une d'elles annonce qu'elle a une solution possible dès ce soir : un vol jusqu'à Rome, changement de terminal, ré-enregistrement et embarquement sur un avion d'Aéroflot.  Cela nous convient parfaitement à la seule condition de pouvoir prévenir nos correspondants de ce contretemps.


 
  La jeune femme qui parle assez bien le français me demande de me charger de sa grand-mère Claudia (Klavdia) pendant le voyage et les changements à Rome et propose de téléphoner à mes correspondants. L'affaire est conclue immédiatement. La grand-mère ne connaît pas un mot de français mais elle débite des tas de paroles en russe à grande vitesse presque sans arrêt. J'ai beaucoup de mal à suivre en comprenant moins d'un mot sur dix, mais comme elle se répète assez souvent, j'arrive à m'en tirer à peu près.
Elle nous accompagne dans l'aérogare pour déguster le vilain sandwich et la boisson offerts par la compagnie pour s'excuser de cet incident. Nous déambulons ensuite et achetons quelques revues pour passer les 4 heures d'attente supplémentaires. Je tente de répondre aux questions de Claudia.
Le changement de terminal à Rome s'effectue au pas de course derrière Claudia qui a très peur de rater sa correspondance. Il suffit de la rattraper à chaque embranchement et de la replacer dans la bonne direction. Les formalités sont simplifiées pour nous du fait de notre retard et du changement intervenu.
Dans l'avion de l'Aéroflot Claudia se remet très vite de ses émotions et assomme son nouveau voisin de son flot de paroles. Nous mangeons un repas simple et plutôt bon et nous somnolons jusqu'à l'atterrissage.
Bagages, passeports, douanes, formalités toujours aussi réjouissantes mais relativement courtes. Claudia nous a demandé de l'attendre à la sortie, mais elle est bien plus rapide que nous et disparaît avant que nous ayons terminé nos contrôles. Nous avons quelques minutes d'attente avant de voir surgir notre porteur de pancarte. C'est un jeune homme bien sympathique qui s'excuse de son retard dans un anglais passable. Il ne connaissait pas l'heure exacte de notre arrivée, le message ayant été colporté de bouche en bouche avant de lui parvenir.
Il est ravi quand j'essaie de lui répondre en russe et retourne aussitôt à sa langue maternelle. Sa voiture est assez vieille, mais elle roule bien. Nous avons un premier aperçu des techniques de circulation dans la cité moscovite, priorité au plus gros ou au plus rapide, doubler sur la voie libre, griller les feux ou freiner à mort si présence policière. Cette dernière technique est très dangereuse du fait de l'usure ou de la mauvaise qualité des pneus qui laissent de longues traces noires sur toutes les chaussées.

Moscou, premier jour.


      Notre hôtesse nous attend en robe de chambre, il n'est que cinq heures du matin à Moscou. Quelques salamalecs sont échangés rapidement et tout le monde se couche ou recouche. Le lit semble rembourré aux noyaux, mais je me repose quand même trois bonnes heures. Il est 8h locales et 10h à ma montre. Nous découvrons le petit déjeuner russe dans la cuisine, les agréments d'un appartement communautaire pour la toilette et nous partons bien vite pour faire enregistrer nos visas. Nous promenons un peu et ratons la première station de métro. Nous achetons la carte de transport vingt voyages (deux fois dix) et nous plongeons dans le fameux métro. Quelques difficultés pour comprendre le mode d'affichage, mais tout se passe sans problème. Un changement en station multiple pour compléter la formation et nous débarquons près de la rue où se trouve le bureau d'enregistrement. Recherche du numéro et du mode de repérage moscovite, interrogation de passants, nous ne trouvons rien qui nous indique où trouver ce fameux bureau.
Finalement, étant entrés dans une cour intérieure, nous tombons sur un couple qui nous indique  une porte en nous disant d'essayer par là. Nous suivons leur conseil. Passé le seuil, au bout d'un couloir, des bruits de conversation nous attirent. A un espèce de comptoir, des hommes discutent. J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'ils nous désignent un escalier en précisant 4ème étage, en russe bien entendu.
 

 
    Nous montons et arrivons dans un agréable bureau d'agence de voyage où les employées nous accueillent en anglais puis en français. Elles prennent nos coordonnées pour l'enregistrement puis nous demandent d'attendre un instant pour rédiger un petit papier avec tampons précisant que notre demande d'enregistrement avait été effectuée mais, du fait des congés de l'administration, elle ne pourrait aboutir dans le temps imparti. C'est le viatique que nous présenterons partout avec notre passeport et qui n'intéressera apparemment personne.
Nous repartons à pied vers la Place Rouge toute proche d'après le plan qu'on nous a fourni à l'agence. Une bonne demi heure de marche nous sera nécessaire avant de commencer notre visite. Petites boutiques de souvenirs, Notre Dame de Kazan et les boutiques chics du Goum achèvent de nous plomber les jambes. Retour par le métro des écoliers et la visite des galeries d'Okothni Ryad.
A l'arrivée, on recherche le coté soleil de la rue et on rate l'entrée de l'immeuble. Nouvelle demande de renseignements et toujours autant d'amabilités dans les réponses. Certaines personnes iront jusqu'à proposer leurs services sans qu'on ait demandé leur aide.
Nous profitons des quelques minutes qui nous restent avant le repas pour nous prélasser au soleil dans la cour intérieure de l'immeuble. Notre hôtesse est aux petits soins pour nous. Elle ne parle pas très bien français et elle est ravie que j'essaie de parler russe. La conversation est un peu laborieuse, mais j'arrive à comprendre ce qu'elle dit et à m'exprimer pour l'essentiel.
Le repas est typiquement russe, à base de borch. Elle me parle de sa sœur qui est mariée à un français et qui arrive le lendemain. Je traduis tant bien que mal pour Marie-Jo. Elle nous montre les photos de ses voyages et les cartes postales que lui envoie sa sœur. Nous sentons bien fort la fatigue de cette longue journée. Bonne nuit Spokoinçy noq.

Seconde journée moscouvite


      Longue nuit reposante, au matin il pleut. Nous traînons un peu au petit déjeuner. Nous prévoyons la visite du musée Tretiakoff. En arrivant devant le musée, il fait un soleil magnifique et Marie-Jo exige de retourner immédiatement au Kremlin et à St Basile. Nous traversons la Moscova et entrons dans l'ex église pleine d'icônes magnifiques présentées dans le dédale des pièces supérieures. Avant de sortir, j'achète une très jolie poupée typique pour Lara ma petite fille.
 
 
  Après une bonne bière et un grand verre d'eau dans le parc Alexandre I, nous partons vers l'église du Christ Sauveur, admirons au passage la statue d'Alexandre II et continuons la promenade en remontant les jardins da l'avenue Gogol vers l'Arbat Longue visite promenade dans cette allée piétonne, magasins de souvenirs sans grand intérêt, artistes plus ou moins attirants, dégustation de kvass et de pilménis en terrasse, au soleil. Nous sautons dans le métro Smolenskaïa pour rentrer à 19h pile à la maison. Un excellent repas russe nous y attend à base de katliettis, pommes de terre, courgettes, salade mélangée, fromage blanc, le tout arrosé de thé. Nos billets de train sont arrivés. 
  Après ce repas et malgré la fatigue de la journée, Marie-Jo demande à sortir pour admirer la Moscova au coucher du soleil. Nous sautons dans le métro, débarquons station Polianka et remontons à pied vers l'église du Christ Sauveur. La vue est absolument magnifique avec toutes ces coupoles dorées dans le soleil couchant, la rivière, les bateaux promenade égrenant leur musique et les murs du Kremlin de l'autre côté. Nous poursuivons notre promenade jusqu'à la station de la Place de la révolution bien difficile à trouver à cette heure tardive avec deux entrées fermées pour cause de travaux. Un mendiant très empressé, pressant et même collant veut à tout prix nous conduire à bon port. Je n'ai plus un sou de monnaie sur moi et je dois le rembarrer un peu brusquement.
Photos de Moscou ici

Premier jour de train

     
      Au petit déjeuner je discute avec notre hôtesse qui m'explique en détail les astuces du transsibérien. Un taxi doit nous conduire à la gare à 14h15. La sœur et le beau-frère sont arrivés et ils en rajoutent des tonnes en français. Nous abrégeons la conversation pour une dernière visite en ville avant le départ. Marie-Jo désire faire quelques magasins et chercher des matriochkas et autres souvenirs de notre passage. Nous restons dans les galeries commerçantes des métros car les averses n'arrêtent pas. A midi, nous décidons de nous offrir un repas au restaurant proche de notre demeure. Marie-Jo se laisse tenter par le poisson qui est excellent.
Nous regagnons la maison à 14h, le taxi nous attend déjà. Le temps de descendre les bagages et de dire adieu à notre hôtesse, nous voilà parti pour la gare de Kazan comme il est écrit en tout petit sur nos billets.
Attention, il y a quatre gares dans le même coin desservant des liaisons diverses. Les trains rapides partent de l'une, les trains express d'une autre et les omnibus d'une troisième. Les affichages se font dans l'ordre alphabétique au plus une demi heure avant le départ. Il faut comprendre vite et bien comment tout ça fonctionne.
 

 
    Le train est à l'heure. il se présente sur le quai une demi-heure avant le départ, à l'instant même où il est affiché au panneau. Nous nous installons aussitôt. Une jeune femme partage notre compartiment. Pendant qu'elle s'installe, nous ressortons pour boire une verre de kvass sur le quai car il fait très chaud dans le wagon.
Au retour dans le compartiment, j'engage le conversation péniblement. Cette jeune femme est très patiente et nous arrivons à discuter vaille que vaille de notre présence dans le train. Marie-Jo lui offre un petit paquet de lavande dont elle connaît à peine l'odeur (comme le savon). Nous lui présentons les navettes provençales et les olives que nous avons apporté pour des occasions de ce genre. Au premier arrêt, j'achète un bol de myrtilles sur le quai et elle revient avec des framboises et des fraises des bois. Nous partageons le tout en présentant des photos, cartes postales et magazines de mode. La discussion se poursuit et elle nous apprend qu'elle s'appelle Irina, qu'elle a trente ans, qu'elle habite Kazan et qu'elle et son mari aimeraient avoir deux enfants mais pas trop tôt.
Un quatrième voyageur arrive et s'installe sur la couchette supérieure. Il nous annonce qu'il risque de ronfler et s'excuse du dérangement. Quelques minutes plus tard il entonne son sommeil assez bruyamment.

Le transsibérien


      Imaginez nos trains express dans les années 50 ou 60, bien longs, avec plein de wagons.  Ajoutez une bonne hauteur de marche pour accéder au wagon, de bonnes tôles bien épaisses pour les parois, des peintures entre marron et gris passablement défraîchies. Écrivez dessus des indications en écriture cabalistique et vous aurez une petite idée du matériel roulant sur la plus longue voie ferrée au monde.
Sur le quai, barrant l'accès au wagon deux contrôleurs en uniforme vous enlèvent votre billet, jettent dessus un long regard soupçonneux, esquissent un geste de la main pour vous autoriser à monter. Vous êtes autorisés à hisser vos bagages énormes et bien garnis avec ou sans aide extérieure. Excellent exercice en automne ou au printemps, je suppose, bonne suée assurée l'été, pour l'hiver je préfère ne pas savoir.
Vous voilà dans un étroit couloir avec tapis sur le sol et petits rideaux aux fenêtres, datant des années dites soviétiques. Vous traînez vos sacs et valises en évitant d'accrocher le tapis ou les rideaux. Si vous avez bien mémorisé votre numéro de place, aucune difficulté pour y arriver. Les chiffres sont les mêmes que chez nous et s'affichent très visibles sur les portes et sur les couchettes. Le compartiment offre quatre couchettes, deux en bas qui servent également de sièges pendant la journée et deux autres à hauteur de tête et, près de la fenêtre, une petite table ornée d'un napperon bordé de dentelle.
Maintenant, il faut ranger les bagages quelque part. On pousse un sac sous la couchette du bas et en levant la tête on aperçoit une niche au dessus des couchettes supérieures. C'est bien haut et pour le moment on entasse les sacs sur cette couchette supérieure. Un passager ou une passagère arrive, salue d'un signe de tête accompagné d'un grognement inarticulé et soulève l'autre couchette pour extraire les oreillers  qui sont rangés dans le coffre et installer son bagage.
Vous avez répondu par un bonjour aussi distinct que possible dans la langue de Tolstoï. Il ou elle tourne la tête et questionne étonné : "Vous êtes français ?". Qu'il le dise en russe, passe encore. Vous répondez DA!  Et il vous sort une longue phrase très aimable de ton mais à laquelle vous ne comprenez strictement rien. Reste à lui dire : Spasiba, je ne parle pas russe… Le pire c'est quand il ou elle vous interroge en excellent français. Vous en avez au moins pour deux heures à parler du pays. Mais comme vous n'avez absolument rien prévu pour occuper les vingt quatre à trente six heures de ce trajet, c'est quand même bien agréable.
Avant d'en arriver là, vous pouvez enfin ranger vos propres bagages. Vous faites sortir votre compagne, soulevez la couchette inférieure de votre coté, récupérez les oreillers dans le coffre et les remplacez par les sacs que vous n'utiliserez pas durant le trajet. Il suffit de faire un tri rapide, récupérer le casse-croûte, le remplacer par les deux paires de chaussures de marche et on peut reposer la couchette. Vous êtes épuisé parce que vous n'avez pas remarqué les petits taquets qui servent à maintenir la couchette en position levée.
Pendant ce temps, il ou elle a sorti sa tasse pour le thé et s'éloigne dans le couloir pour prendre l'eau chaude au samovar, le gros truc chaud qui encombre l'entrée du couloir juste en face du compartiment réservé au service et votre compagne ne sait plus où se mettre.
Évidemment, vous n'avez pas pris de tasse, vous n'avez pas pensé que ça puisse être utile, vous n'avez même pas envisagé d'en emporter une. Il ou elle revient alors avec trois tasses d'eau brûlante, la sienne, une pour votre compagne et la dernière pour vous. Il ou elle extrait de son petit nécessaire posé sur la table les sachets de thé et de sucre. Il vous souhaite en souriant la bienvenue dans le transsibérien. Vous voilà donc obligé de remercier, en russe évidemment, et de vous brûler le gosier avec cette boisson nationale. Et aussi, vous devez engager la conversation vaille que vaille. Dans la plupart des cas, votre interlocuteur ou interlocutrice connaît bien plus de français que vous ne connaissez de russe. Il ne faut pas se décourager, dans chaque russe il y a un éducateur qui somnole prêt à aider l'étranger en difficulté.
Un peu plus tard, le provodnik ou la provodnitsa apporte le nécessaire pour la nuit, draps dessus dessous, taie d'oreiller, serviette. Il ou elle contrôle les passagers présents avec les billets qu'il garde par-devers lui. Je parlerai maintenant de la provonitsa car les femmes sont bien plus nombreuses.
 

     
  Le temps s'étire, les conversations languissent un peu, chacun se replie, qui sur une lecture, qui sur quelques pas dans le couloir. D'aucuns grignotent des graines de tournesol, d'autres écrivent sur leur calepin. Certains sortent un jeu de carte et défient un voisin ou les étalent en patience. Il faut passer le temps. A l'heure du repas surgissent pirochkis et boublichkis, sauciskis et kolbacis, et des salades de choux, de betteraves, d'aubergines, de cornichons. Dans le couloir, c'est le va et vient des tasses d'eau chaude pour les thés ou les cafés. On offre et on accepte l'en-cas, le sandwich, le gâteau, la boisson. On déguste la vodka de l'un et le cognac de l'autre avec les "za zdarovié" de circonstance.
La fin du repas c'est le passage des provodnitsas avec leur aspirateur. Il faut lever les pieds bien haut pendant qu'elles agitent leur bruyant tuyau. Lorsqu'elles ont terminé les compartiments, c'est le tour des couloirs. D'une extrémité à l'autre, elles secouent le tapis puis le retendent après avoir consigné les passagers dans leurs compartiments.
Un bon quart d'heure avant l'arrivée dans une gare, la provodnitsa consigne les toilettes : accès interdit sur toute la zone de protection sanitaire. Si arrêt il y a, il dure au minimum quinze minutes. A nouveau un bon quart d'heure pour sortir de la fameuse zone sanitaire et l'accès aux toilettes est à nouveau libre. Il vaut mieux ne pas attraper la tourista quand on voyage en transsibérien. Quand au transmongolien qui respecte les mêmes règles, il faut compter environ cinq heures d'immobilisation aux franchissements des frontières. Vous avez intérêt à prendre vos précautions car les toilettes dans ces gares sont difficilement accessibles et payantes bien entendu. Dans tous les cas, il est plus prudent d'avoir son papier avec soi.
Pendant les arrêts, vous voudrez peut-être aiguiser votre couteau ou aplatir un bout de ferraille, faites comme les cheminots locaux, installez vous sous un wagon, près du boggie, sur le rail, et utilisez la zone de contact de la roue sur le rail pour peaufiner le fil de votre lame. Pour obtenir une nouvelle lame, coincez votre bout de ferraille à cet emplacement, remontez sur le quai et attendez patiemment le départ du train. Je n'ai pas admiré le résultat obtenu, mais le bonhomme semblait très satisfait en récupérant son bien.
Entre temps, d'autres cheminots jouent aux cloches avec les roues, les essieux et diverses pièces métalliques accessibles à leur marteau. C'est un concert qui en vaut bien d'autres et qui se répète de gare en gare, pratiquement au même rythme. Les provodnitsas surveillent les passagers de leurs wagons et battent le rappel avant le départ pour n'oublier personne en route. Elles peuvent aussi vous donner quelques précieuses indications sur les éventuelles boutiques sur le parvis de la gare ou sur les productions locales intéressantes. Mais pour les sourires, il vaut mieux s'adresser au provodnik.
Les produits proposés sur les quais sont très différents d'une gare à l'autre. Presque partout vous trouverez des boissons, tièdes l'été, bières, eaux avec ou sans gaz, jus de fruits parfois. Quand c'est frais, ça coûte plus cher. On pourra vous proposer des gobelets remplis de myrtilles, de fraises des bois, de grosses fraise des jardins, du poisson séché ou fumé de taille très variables, des graines de tournesol, des tomates, des pirochkis au chou, au poisson ou à la viande, d'étranges saucisses et des gâteaux secs. Ce n'est pas toujours appétissant, parfois abondant et parfois maigrichon, plus intéressant à observer qu'à acheter bien que fort utile  quand le besoin est là car, après la douzaine d'heures de voyage vos propres provisions font triste figure.

Iekaterinbourg ou Sverdlovsk

 
    Nous avons discuté avec Irina jusque tard dans la nuit. Mon oreille s'habitue peu à peu et je saisis plus de mots et plus de sens dans les phrases. Vers trois heures de la nuit, petit remue-ménage dans le compartiment, nos deux copartageants descendent à Kazan. La tête de la provodnitsa apparaît quelques secondes à la porte pour vérifier leurs préparatifs. A la demi le train s'arrête avec de longs grincements bruyants et multiples secousses longitudinales. Je sors la tête pour dire au revoir et Irina me répond avec le sourire en disant quelque mots où je comprends que tout ça c'est pour nous.
J'ouvre péniblement les yeux vers neuf heures. Sur la table, elle a abandonné son paquet de graines de tournesol et une boite de sachets de thé. Nous grignotons un peu, regardons le paysage, bouquinons pour passer le temps. Un petit tour au wagon restaurant pour boire une bière et voir d'autres lieux. Le gérant très sympathique engage la conversation dès qu'il s'aperçoit que je comprend un peu. Il parle vite et énonce des généralités sur la Russie, le tourisme, les gens. Il veut savoir si on aime son pays et le président Poutine. J'ai un peu de difficultés à suivre et ne comprend que partiellement, mais cela suffit pour meubler une bonne heure.
 
  La provodnitsa est venue nous rendre nos billets que nous rangeons soigneusement. Le train ralentit, on annonce Sverdlovsk. Nous devons arriver à Ekaterinburg dans un peu plus de deux heures. Nous regardons tranquilles l'agitation qui s'est emparée de la plupart des voyageurs. La provodnitsa est venue récupérer draps, taies d'oreiller, tasses. Soudain je me réveille :  Sverdlovsk c'est le nom du gouvernorat de Ekaterinburg, c'est aussi le nom donné à la ville par les soviétiques  et il y a deux heures d'écart avec Moscou. Vite, nous ramassons nos bagages pour sortir derrière tout le monde.
Nous sommes accueillis au pied du wagon par une jeune femme souriante qui nous souhaite la bienvenue dans un excellent français. Elle nous aide à descendre nos bagages et à les transporter jusqu'à l'hôtel juste en face de la gare. Elle nous fournit quelques explications essentielles pour la soirée et nous donne rendez-vous pour le lendemain matin.
L'hôtel paraît neuf et luxueux mais notre chambre est vieillotte dans un très long couloir avec provodnitsas au sortir de l'ascenseur pour gérer les clés. La ville n'a rien de très attirant à la tombée du jour. Nous voyons un joli parc bien mal entretenu, deux belles églises mais pas de vitrines de magasin. Le parc, les places, les trottoirs sont envahis des bouteilles de bières toutes catégories et nombre de buveurs et buveuses, jeunes ou âgés, semblent dépasser la dose prescrite. Mais les gens restent très calmes, presque stoïques. Je fais ma première visite au supermarché tout près de l'hôtel. Beaucoup de produits très variés mais présentés d'une manière qui ne m'est pas habituelle. Je finis par trouver mon bonheur et nous rentrons nous coucher. La chambre est bruyante, trains, bus, trolleybus, voitures, camions, mais la fatigue est là.

La cathédrale des  Romanoff

   
    Le lendemain matin, nous avons rendez-vous avec notre guide pour visiter la ville.  Elle nous conduit jusqu'à l'église que nous avons aperçue hier dans la soirée. Au pied de l'église un groupe familial en bronze monumental, je crois reconnaître une photo souvent vue dans mon enfance. Olga nous présente la famille du tzar Nicolas II et nous apprend que cette magnifique basilique est construite sur l'emplacement de la maison Ipatiev où toute la famille avait été assassinée en Juillet 18. L'église Orthodoxe a déclaré bienheureux les neufs membres de la famille qui sont vénérés maintenant dans cette basilique terminée en 2003.


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